Le marquage CE est une condition sine qua non pour commercialiser un produit électronique sur le marché européen. Pourtant, de nombreuses PME découvrent les exigences de cette certification en cours de développement — parfois trop tard, parfois en sous-estimant largement les délais et le coût. Ce guide pratique couvre l'essentiel pour ne pas se faire prendre de court.
Qu'est-ce que le marquage CE ?
Le marquage CE (Conformité Européenne) est une déclaration du fabricant que son produit respecte les exigences essentielles de santé, sécurité et protection de l'environnement définies par les directives européennes applicables. Ce n'est pas un label de qualité ni une certification délivrée par un organisme extérieur dans tous les cas — c'est une auto-déclaration appuyée sur des tests et un dossier technique.
Pour un produit électronique, le marquage CE n'est pas optionnel. Il est illégal de mettre sur le marché européen un produit électronique sans marquage CE valide. Les sanctions vont du retrait du marché aux amendes substantielles, en passant par la responsabilité civile et pénale du fabricant.
Les directives applicables à l'électronique
Un même produit électronique peut être soumis à plusieurs directives simultanément. Les trois principales pour les équipements électroniques sont :
La directive RED (Radio Equipment Directive — 2014/53/UE)
La directive RED s'applique à tout équipement qui émet ou reçoit des ondes radio. Elle couvre donc tous les produits intégrant du Wi-Fi, du Bluetooth, du LoRa, du 4G/5G, du Zigbee, ou toute autre communication sans fil. Elle exige notamment la protection du spectre radioélectrique et la protection des réseaux.
Depuis août 2025, la directive RED inclut également des exigences cybersécurité renforcées pour les équipements connectés à Internet (Article 3.3 d/e/f), ce qui impacte directement les objets IoT industriels.
La directive LVD (Low Voltage Directive — 2014/35/UE)
La directive LVD s'applique aux équipements électriques dont la tension d'utilisation est comprise entre 50 V et 1000 V en AC, ou entre 75 V et 1500 V en DC. Elle couvre les risques liés à l'alimentation électrique : chocs électriques, échauffements, arcs électriques. Pour les cartes alimentées en basse tension (3,3 V, 5 V, 12 V), cette directive ne s'applique généralement pas directement.
La directive CEM (Compatibilité ÉlectroMagnétique — 2014/30/UE)
La directive CEM s'applique à pratiquement tous les équipements électroniques, qu'ils soient ou non alimentés par le secteur. Elle exige que l'équipement n'émette pas de perturbations électromagnétiques au-delà de certains seuils (émissions), et qu'il fonctionne correctement en présence de perturbations extérieures (immunité). Les tests CEM sont souvent les plus longs et les plus coûteux du processus de certification.
Les étapes du processus de certification CE
Étape 1 — Analyse de conformité et identification des directives
Avant tout test, il faut déterminer quelles directives s'appliquent au produit. Cette analyse dépend des caractéristiques du produit : tension d'alimentation, présence de radio, destination d'usage (grand public, industrie, milieu médical…). Un produit médical ou un équipement de protection explosive (ATEX) sera soumis à des directives supplémentaires.
Cette étape produit une liste des normes harmonisées applicables — les normes dont le respect présume la conformité aux exigences essentielles des directives. Par exemple, EN 55032 pour les émissions CEM des équipements multimédia, ou EN 300 328 pour les émissions radio en bande 2,4 GHz.
Étape 2 — Tests en laboratoire accrédité
Les tests CEM et radio doivent être réalisés sur un prototype représentatif de la version finale, dans un laboratoire accrédité COFRAC (ou équivalent européen). Aucun test de pré-conformité en interne ne remplace cette étape, même s'ils sont fortement recommandés en amont pour éviter les surprises coûteuses.
Les tests typiques pour un équipement radio industriel incluent les émissions conduites et rayonnées, l'immunité aux décharges électrostatiques (ESD), l'immunité aux transitoires électriques rapides (EFT), les émissions radio en fréquence et puissance, et les tests de sécurité électrique si la LVD s'applique.
Étape 3 — Constitution du dossier technique
Le dossier technique (Technical File) rassemble l'ensemble de la documentation prouvant la conformité : description du produit, schémas électriques, liste des normes appliquées, rapports de tests, analyse des risques, instructions d'utilisation. Ce dossier doit être conservé pendant au moins 10 ans après la mise sur le marché et présenté sur demande des autorités de surveillance du marché.
Étape 4 — Déclaration de conformité UE
Une fois les tests passés et le dossier technique constitué, le fabricant rédige et signe la Déclaration de Conformité UE (DoC). Ce document identifie le produit, liste les directives et normes appliquées, et atteste sous la responsabilité du fabricant que le produit est conforme. La DoC doit être fournie avec le produit ou être disponible sur le site du fabricant.
Délais réalistes et coûts à prévoir
Les délais de certification CE sont souvent sous-estimés par les équipes produit qui ne l'ont jamais traversé. Voici les ordres de grandeur pour un équipement électronique standard (hors médical, hors ATEX) :
- Analyse de conformité : 1 à 2 semaines (en interne ou avec consultant)
- Pré-tests CEM internes : 1 à 3 semaines (fortement recommandés)
- Délai de prise de rendez-vous en laboratoire accrédité : 4 à 10 semaines selon les labos
- Tests en labo (si passage du premier coup) : 3 à 5 jours ouvrés
- Rédaction du dossier technique et de la DoC : 2 à 4 semaines
Au total, comptez entre 3 et 6 mois pour une certification CE dans les meilleures conditions. Si des échecs de test imposent des modifications hardware et de nouveaux tests, ce délai peut doubler.
Les erreurs fréquentes des PME
- Intégrer la certification trop tard dans le planning — Commencer la réflexion à 2 mois de la date de lancement est systématiquement insuffisant.
- Faire tester un prototype non représentatif — Le câblage, le boîtier, l'alimentation doivent être identiques à la version finale pour que le test soit valide.
- Utiliser un module radio certifié sans refaire les tests — L'intégration d'un module certifié (par ex. un module Bluetooth) dans un PCB n'exonère pas le fabricant du produit final de ses obligations au titre de la directive RED.
- Négliger le dossier technique — Un dossier incomplet ou mal structuré expose l'entreprise en cas de contrôle de marché, même si les tests ont été passés.
Comment Codium accompagne ses clients
Codium intervient dès la phase de conception pour préparer le produit à la certification CE. Notre approche inclut :
- Analyse des directives applicables dès le cahier des charges, pour que les exigences de conformité soient intégrées au design dès le départ.
- Bonnes pratiques CEM au niveau du PCB : séparation des plans, filtrage des alimentations, blindages, topologie de routage adaptée aux contraintes d'émissions.
- Mise en relation avec des laboratoires partenaires pour les tests pré-compliance et les tests officiels.
- Aide à la constitution du dossier technique : schémas, BOM, description fonctionnelle, notices d'utilisation.
Votre produit doit obtenir le marquage CE ? Anticipons ensemble les contraintes dès la conception. Contactez notre bureau d'études.