LTE, LTE-M, LTE-cat1bis, NB-IoT : quelques pistes pour s'y retrouver
Quatre technologies qui portent le même sigle LTE mais qui n'ont pas grand-chose en commun. Notre lecture terrain, sans langue de bois.
Le problème de la famille LTE
Quand on parle de LTE pour des objets connectés, on mélange souvent des choses très différentes. Le LTE standard, c'est la 4G de votre smartphone. Le LTE-M, le NB-IoT et le LTE-cat1bis sont des variantes pensées pour les objets — avec des compromis très différents sur le débit, la consommation, la couverture et la complexité.
Ce que vous lisez ici, c'est notre lecture terrain. Pas un catalogue de fiches techniques. Nous avons des opinions, basées sur l'expérience de conception et d'intégration — et nous les partageons franchement.
Comparées honnêtement
Même sigle, philosophies radicalement différentes. Voici notre analyse sans filtre.
Conçu pour le haut débit mobile. Excellent pour regarder des vidéos, pas adapté aux objets connectés. Débit trop élevé (inutile), consommation trop importante, coût SIM trop élevé. Si votre BE vous propose du LTE standard pour un capteur, fuyez.
Débit de 1 Mbit/s — suffisant pour des mécanismes OTA modernes et des protocoles cryptographiques conformes au CRA. C'est là sa vraie force.
Sa réputation est contrastée, et c'est compréhensible. Beaucoup de BE ont eu de mauvaises expériences avec le LTE-M… parce qu'ils l'ont mal utilisé. Le PSM (Power Saving Mode) et l'eDRX (Extended Discontinuous Reception) sont les mécanismes qui permettent au modem de dormir vraiment. Ceux qui ont simplement "coupé violemment" leur modem LTE-M quand ils n'en avaient plus besoin ont eu une mauvaise surprise : au réveil, le modem doit se reconnecter au réseau, ré-échanger des clés de chiffrement avant d'envoyer sa trame. Résultat : une consommation décevante, et des équipes déçues.
Le LTE-M utilisé correctement — avec PSM/eDRX bien configurés — atteint des performances extraordinaires en consommation. C'est une technologie exigeante sur son implémentation, mais qui récompense ceux qui la maîtrisent.
100 kbps de débit. En théorie une portée et une pénétration légèrement meilleures que le LTE-M — dans la pratique, la différence est rarement significative. Consommation similaire au LTE-M avec PSM.
Son problème principal : 100 kbps, c'est trop lent pour faire de l'OTA sérieux avec des mécanismes cryptographiques modernes. Ce qui le rend difficilement compatible avec les nouvelles réglementations, notamment le CRA. Peu déployé en Europe par rapport au LTE-M.
Notre pari : le NB-IoT sera supplanté rapidement par le LTE-M ou le LTE-cat1bis. C'est notre avis, pas une certitude — mais on n'investirait pas dessus pour de nouveaux projets.
L'histoire du LTE-cat1bis est intéressante. Quand les grands fabricants de chipsets ont vu que l'IoT sur bandes LTE allait percer, ils ont cherché à exploiter leur infrastructure radio existante (même frontend que le LTE standard) plutôt que d'investir dans un frontend dédié LTE-M.
Le résultat : une technologie compatible partout où un téléphone LTE capte. Pas besoin de vérifier la couverture LTE-M — si vous avez de la 4G, vous avez du LTE-cat1bis.
Les premières implémentations avaient des performances "aussi bonnes qu'un modem LTE-M débranché à l'arrache"... Ce qui était la barre à battre. Depuis, les puces ont été optimisées. Aujourd'hui : jusqu'à 10 Mbit/s, consommation au même niveau que le LTE-M — avec PSM/eDRX bien implémentés. On peut faire de l'IP sérieux avec des systèmes cryptographiques avancés sur des objets low-power.
Chez Codium : notre brique LTE-M est éprouvée et très efficace. Notre brique LTE-cat1bis est en cours de développement.
Les 4 technologies côte à côte
Un résumé rapide pour décider sans se noyer dans les fiches techniques.
| Critère | LTE standard | LTE-M (Cat-M1) | NB-IoT | LTE-cat1bis |
|---|---|---|---|---|
| Débit descendant | 150 Mbit/s | 1 Mbit/s | 100 kbps | jusqu'à 10 Mbit/s |
| Consommation (PSM/eDRX) | Très élevée | Excellente | Bonne | Bonne (si bien impl.) |
| Couverture France | Nationale | LTE-M spécifique | Limitée | Partout où la 4G passe |
| Compatibilité CRA / OTA | Non (coût) | Oui | Difficile | Oui |
| Cas d'usage typique | Smartphone, tablette | Capteurs IoT, trackers, wearables, maintenance prédictive | Compteurs bas-débit simples (projets existants) | IoT bas-conso avec large couverture requise |
| Recommandation Codium | Eviter pour l'IoT | Choix principal | Projets existants seulement | Prometteur, en cours chez nous |
La bonne techno, c'est bien. Une bonne antenne, c'est indispensable.
Choisir LTE-M ou LTE-cat1bis ne sert à rien sans une antenne correctement dimensionnée et qualifiée. Notre spécialiste RF conçoit et mesure vos antennes en interne.
FAQ — LTE-M, NB-IoT, LTE-cat1bis
Quelle différence entre LTE-M et LTE-cat1bis ?
La différence clé est dans le frontend radio. Le LTE-M utilise un frontend dédié, différent du LTE standard — ce qui lui donne un avantage en pénétration et en portée dans les environnements difficiles, mais implique de vérifier la couverture LTE-M auprès de votre opérateur. Le LTE-cat1bis réutilise le même frontend que le LTE standard : il fonctionne donc partout où la 4G passe, sans vérification supplémentaire. En contrepartie, portée et pénétration sont légèrement inférieures. Les deux technologies sont compatibles CRA et permettent de l'OTA sérieux. Chez Codium, notre brique LTE-M est éprouvée ; notre brique LTE-cat1bis est en cours de développement.
NB-IoT est-il conforme au Cyber Resilience Act ?
C'est difficile, et c'est l'un de ses problèmes majeurs. Le CRA impose des mises à jour de sécurité (OTA) sur toute la durée de vie du produit. Avec 100 kbps en NB-IoT, transférer un firmware signé avec des mécanismes cryptographiques modernes devient soit très lent, soit techniquement impossible selon la taille du firmware. Le LTE-M à 1 Mbit/s — et a fortiori le LTE-cat1bis à 10 Mbit/s — n'ont pas ce problème. C'est l'une des raisons pour lesquelles nous déconseillons le NB-IoT pour de nouveaux projets.
Comment Codium implémente-t-il le PSM/eDRX LTE-M ?
C'est précisément ce qui fait la différence entre un bon projet LTE-M et un mauvais. Nous ne "coupons" pas le modem : nous configurons correctement les timers PSM (T3324/T3412) et eDRX pour que le modem dorme sans perdre son contexte réseau. Au réveil, l'objet peut envoyer sa trame immédiatement, sans séquence de reconnexion ni ré-échange de clés. Résultat : une consommation qui correspond aux promesses de la technologie. Nous validons cette implémentation par des mesures de courant en µA sur le matériel final, dans des conditions réelles (Orange, SFR, Bouygues).
Faut-il un abonnement opérateur pour LTE-M ?
Oui. LTE-M comme LTE-cat1bis utilisent l'infrastructure des opérateurs (Orange, SFR, Bouygues). Un abonnement data IoT dédié coûte environ 1 à 5 € par carte par an pour des volumes significatifs. Des solutions eSIM multi-opérateurs existent pour optimiser la couverture, notamment en zones rurales ou à l'international.